Extrait de Science Ouest, magazine de l'Espace des Sciences de Rennes (2007) lien : link
"Les découvertes prometteuses d'un bâtiment rennais
À deux pas de la place Sainte-Anne, à Rennes, le couvent des Jacobins garde ses secrets depuis 800 ans. Un diagnostic archéologique vient de révéler les grands traits d'une histoire, qui en cache une autre.
« C'est drôlement intéressant d'intervenir dans un couvent médiéval ! Nous avons rarement l'occasion de fouiller un lieu historique, en ville, sur une telle surface de 8 000 m2 ». L'archéologue de l'Inrap Gaétan Le Cloirec a mené, du 12 mars au 20 avril 2007, le diagnostic du couvent des Jacobins, au centre-ville de Rennes. Jusqu'en 2003, ce bâtiment appartenait à l'armée. Le nouveau propriétaire, Rennes Métropole, avait demandé un diagnostic, avant la réhabilitation du site. Cinq archéologues ont fouillé les cours et l'intérieur du cloître, jusqu'à 4 m sous terre. « Nous avons retrouvé un ossuaire, contenant les tibias et les fémurs d'une centaine d'individus. Ils dateraient du XVIe siècle. Et nous avons repéré six tombes, du XIVe au XVIIe siècle, dont cinq à l'intérieur du cloître ».
Mais les archéologues sont remontés plus loin dans le temps. « Le couvent a fossilisé l'information. C'est une chance pour accéder aux niveaux antérieurs ». Le bâtiment est en effet situé... sur un ancien quartier romain dynamique : ses rues ont été retrouvées, ainsi qu'une maison cossue, qui correspond à des bâtiments communautaires ou commerciaux, à étages. Des murs subsistent : « Ce sont des moellons de schiste et de grès, reliés avec du mortier. A priori, cela remonte au IIIe siècle, estime l'archéologue.
Des Romains puis des squatteurs
Une centaine de pièces de monnaie romaine, en bronze, ont été trouvées. Elles attestent une occupation au 4ème siècle. A cette époque, l'autorité romaine décline et des squatteurs occupent les lieux : les archéologues ont noté, par exemple, des traces de foyer, au milieu d'une pièce. « S'il y a eu une occupation sauvage, la fouille le dira », complète Gaétan Le Cloirec.
Plus d'un millier de tessons de poteries, gallo-romaines, médiévales ou modernes ont aussi été extraites. Mais hélas, sous les bâtiments, il y a des trous : les Dominicains ont creusé des caves à vin ! Elles ont causé des dégâts irrémédiables pour comprendre l'histoire du site... tout comme les conduites d'eau et d'électricité posées par les militaires. L'intérieur du couvent, dont on ignorait tout, a été étudié en même temps par l'association Atemporelle1. Une deuxième tranche de fouille est prévue en 2008 : l'église et la salle du Chapître livreront alors leurs premiers secrets."
(auteur : NG; contact de Gaétan Le Cloirec, voir lien)