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Oui, osons une politique publique de la diversité culturelle. Cette intervention faite dans le cadre de la campagne de la liste Rennes Verte et solidaire aux municipales de 2008 at été énoncée mercredi dernier à la Salle de la Cité.
Il me semblait important de la restituer et de la faire circuler afin d'alimenter le débat politique sur la culture. Elle fait suite à une présentation passionnante de Jean-Michel Lucas sur les limites des politiques culturelles actuelles et passées et sur le projet de politique publique de la diversité culturelle.
 
A - Vive le débat sur la politique culturelle !
 
Enfin, et pour la première fois, un débat contradictoire s'établit autour de la politique culturelle de la ville de Rennes et de son agglomération. En 7 ans de mandat comme conseiller municipal délégué aux arts plastiques, la politique culturelle a été rarement débattue si ce n'est entre les Verts et le PS, faute sans doute à droite ou au centre mais aussi à l'extrême gauche d'interlocuteurs engagés sur ces questions.
Les Verts, ces dix dernières années ont beaucoup travaillé sur ces questions. Nous avons aussi beaucoup appris au contact des acteurs et des porteurs de projet. Nous avons aussi partagé le combat des intermittents du spectacle et constater la misère et la paupérisation des artistes.
Derrière le clinquant des Champs Libres et du nouveau TNB, combien d'associations, de lieux, d'artistes, d'éditeurs, rament pour joindre les deux bouts et payé simplement ceux et celles qui consacrent toute leur énergie à créer et renforcer une dynamique culturelle à Rennes ?
Il ne s'agit pas de stigmatiser les gros vis à vis des petits, de prendre un peu à Paul pour donner à Pierre mais bien d'évaluer si Paul utilise correctement l'argent public et si l'action de Pierre, avec un soutien plus important n'a pas plus d'impact, d'utilité, de sens, proportionnellement que certaines actions de Paul.
C'est un défi passionnant que cette nouvelle culture de la culture. Afin de réduire les inégalités culturelles, faire que la politique publique de la culture soit réellement politique.
Avec les Verts, de nouveaux élus, de nouveaux projets, ont pris corps dans les politiques publiques. Aujourd'hui, à Rennes, la liste Rennes verte et solidaire est prête à assumer la mise en œuvre d'une nouvelle politique culturelle.
 
B – Rennes, la nostalgique, Rennes sans projet culturel
 
Rennes regarde bien trop souvent dans son rétroviseur. On dit souvent que Rennes a perdu de sa splendeur passée dans le domaine des musiques actuelles. Certains café-concerts, la Fun house, les Tontons, ont disparu. Rennes Musique s'apprête à fermer. La Griffe vient de boucler son dernier numéro.
Est-il juste de dire que l'esprit des Trans des débuts, effervescent, roots, aurait laissé la place à une sorte de mercantilisme, au formatage, à cause notamment de son départ qui je l'espère n'est pas inéluctable à Saint-Jacques de la Lande ?
Autre exemple, la Coop Breizh, Les Nourritures terrestres et ses Nounous, deux librairies indépendantes et reconnues ont été remplacées, l'un par un marchand de fringue, l'autre par une sandwitcherie qui a gardé d'ailleurs, ironie de l'histoire, le nom de "Nourritures terrestres". Bref, rien ne va plus. Rien n'irait plus.
Ce n'est pas tout à fait vrai, nous y reviendrons.
Ce qui est caractéristique cependant c'est que Rennes manque singulièrement d'un projet culturel renouvelé. Rennes mais aussi Rennes Métropole qui là n'a pas de politique culturelle du tout hors le financement de quelques équipements d'intérêt communautaire.
Rennes a consacré depuis 2001, une bonne partie de son énergie à rénover, refaire, construire des équipements. Liberté, TNB, Théâtre de la Paillette, salle Guy Ropartz, 4 bis, Champs Libres. Ces lieux dont le projet est bien souvent de poursuivre, sans prendre en compte les évolutions du monde qui nous entoure, ce qu'il faisait avant ou ce qui se faisait avant n'ont apporté que peu d'élan à la culture à Rennes. Un élan quantitatif certainement mais pas forcément un élan suffisant pour lutter contre les inégalités culturelles. Rappelons que 80% de la population française n'est pas rentrée dans une bibliothèque en une année, 84% de cette même population n'a pas ouvert les portes d'un théâtre. Ces inégalités sont encore plus flagrantes quand il s'agit de personnes sans diplôme.
Les amateurs, boutés en dehors des lieux prestigieux par la professionnalisation de la culture institutionnelle rennaise, sont bien trop souvent cantonnés dans le socioculturel, les loisirs ou l'animation de quartier alors que leurs talents, leurs propositions artistiques, la diversité culturelle qu'ils représentent pourraient constituer de nouveaux relais pour une politique culturelle.
Pendant ce temps, la main-mise politique d'une sensibilité et d'une certaine vision de la culture, à la ville, au département et à la région, s'installe. Cela créé une dépendance politique sous-jacente, la stabilisation de situations acquises, un certain conformisme. Attention, si vous ne votez pas pour nous, si vous ne faites pas voter pour nous, votre situation risque d'être fragilisée, vos subventions et vos emplois s'envoler.
Le summum est de voir toute une série de personnalités dont l'activité est fortement soutenue par les collectivités publiques, se précipiter pour apporter leur soutien, avec leurs titres, à un des huit listes en course pour les prochaines élections. N'y aurait-il pas une certaine collusion, et une réelle confusion quant à leurs missions ?
Bien sûr, il est très honorable de s'engager en politique. Nous souhaitons qu'un maximum de citoyens s'emparent du débat public. Mais en politique comme en démocratie, un citoyen = une voix, et l'exercice le plus difficile est de penser à l'intérêt général de tous et pas à son intérêt particulier.
Alors qui porte un réel projet culturel pour Rennes ? Pensez-vous que le déplacement du conservatoire sur le centre Alain Savary et la transformation du Couvent des Jacobins en Centre des congrès constitue un programme culturel ?
Vous l'avez compris. Nous souhaitons une politique culturelle et une équipe de la culture à Rennes qui sorte un peu de la gestion et de la maîtrise d'œuvre pour innover, imaginer, partager plus. Une équipe qui arrête de tergiverser comme on l'a vu sur le Couvent des Jacobins, sur la Salle de la Cité, sur la salle Musiques actuelles, sur la politique cinématographique.
 
C – Rennes n'a pas osé suffisamment, et privilégie la consolidation lente à l'émergence
 
Rennes n'ose pas assez. Rennes n'ose pas l'émergence de nouveaux acteurs. Ou alors les accompagne, lentement, dans leur montée en puissance. On donne la première année 1000 euros pour voir, puis on constate que c'était pas très ambitieux comme projet, forcément avec 1000 euros, on peut pas faire venir Zazie ou plus fashion, Carla Bruni, en concert.
Alors on leur demande de faire mieux l'année suivante en leur accordant généreusement le doublement de leur subvention soit 2000 euros. A ce rythme là avant que les nouveaux acteurs puissent se payer, il se passera plusieurs mandats.
Quand j'ai pris mes fonctions d'élu en 2001, les Ateliers du Vent étaient en situation de squat. Aujourd'hui enfin, ils jouissent d'une localisation pérenne et d'un budget un peu près correct qui leur permet de rémunérer et de sortir du RMI pour quelques-uns uns. 7 ans pour en arriver là, on aurait pas pu être plus rapide ? C'est la même chose pour 40 m3, l'Endroit, le Sepa/Bon accueil, le développement du Jardin, L'élabo, etc.
Et ne parlons pas des initiatives culturelles des étudiants qu'on ne sait même pas aider puisque cela relève de Rennes Métropole. Rock and Solex, Agrock, seront-ils les victimes des incohérences de la subsidiarité ?
C'est pas qu'on soutient pas à Rennes les nouveaux projets. Mais on les soutient à minima, pour voir. Faut dire que le budget de la culture à Rennes n'est pas extensible. Il est important mais sans doute mal réparti. Et surtout on constate des abus. Subvention exceptionnelle régulière pour combler les déficits des certains festivals par exemple. Une rallonge de 150 000 euros au TNB pour accompagner la saison nomade chaque année et ces jours-ci une prime de 100 000 euros pour réaménager dans les locaux rénovés, sans compter les 50 000 euros pour inaugurer avec Madame La ministre les nouveaux locau. A quand une subvention exceptionnelle pour changer la cuvette des chiottes ?
J'aime beaucoup le TNB, son école de Théâtre, une partie de sa programmation, son équipe mais quand on augmente le budget du TNB de 5% c'est deux nouveaux festivals de moins à Rennes. Il va falloir négocier ferme. Nous le ferons.
 
D – Construire sur le foisonnement culturel rennais, sur l'histoire, le patrimoine
 
Rennes s'est-elle endormie ? Je ne sais pas. Je n'ai pas assez de recul. Mais ce que je vois, c'est que Rennes dispose de formidables atouts :
Un foisonnement associatif exceptionnel, une scène alternative vivace, des familles musicales en plein décollage : électro, chanson, rap, hard core… Une proportion d'instrumentiste tout à fait étonnante, un dispositif d'éducation à la culture assez intéressant, un grand nombre de labels, des festivals vivants et innovateurs, de petits éditeurs indépendants, des troupes de théâtre, des fanfares, des chorales, des centaines d'artistes plasticiens, des photographes expérimentés, des libraires et des disquaires passionnés, un public pour nos concerts, nos livres, nos disques, nos spectacles.
Rennes c'est aussi sa jeunesse, 110 000 jeunes, ses universités et autres lieux d'apprentissages, son conservatoire communal, son école municipale des Beaux Arts.
Rennes enfin avec son histoire, son patrimoine ancien et moderne, sa célèbre galette-saucisse que le monde entier nous envie, sa région, ses langues, une Bretagne généreuse, ouverte sur le monde, voyageuse, solidaire.
Voilà des points forts, voilà une richesse, sur laquelle s'appuyer.
 
E – Un big bang de la culture à Rennes
 
Alors, qu'est-ce qu'on propose, qu'est qu'on peut faire. Nous souhaitons ouvrir un nouveau chantier pour la politique culturelle de Rennes. Un puissant Big Bang de la culture.
Nous proposons de redistribuer les cartes, de décloisonner les pratiques, d'ouvrir les équipements plus régulièrement aux pratiques différentes et nouvelles. Pourquoi faudrait-il systématiquement spécialiser les lieux, établir une programmation fermée et exclusive ? Art lyrique à l'Opéra, Théâtre européen au TNB, théâtre professionnel régional au Vieux Saint-Etienne. Pourquoi la moitié de la population reste en dehors de la culture publique ?
Essayons de mieux médiatiser nos richesses, de créer un grand évènement collectif de longue durée, apte à mobiliser toutes les structures, tous les professionnels, tous les amateurs, tous les rennais. Nous devons respecter la dignité culturelle des personnes, leur donner les moyens de se construire eux-même.
Mardi, on nous demandait de renverser les valeurs. Alors chiche, renversons les valeurs, faisons carnaval à Rennes toute l'année.
 
Cette nouvelle politique culturelle est prête. Benoît Careil, votre futur adjoint à la culture vous la présente sur le blog : http://www.rennesculture.info/ .
 
Alors, ensemble, osons une politique publique de la diversité culturelle !
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Tag(s) : #municipales 2008
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