"Un homme est mort...
qui n'avait pour défense que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n'avait d'autre route que celle où l'on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte contre la mort contre l'oubli.
Car tout ce qu'il voulait, nous le voulions aussi, nous le voulons aujourd'hui.
Que le bonheur soit la lumière au fond des yeux au fond du coeur et la justice sur la terre.
Il y a des mots qui font vivre et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance, amour, justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
et le mot frère et le mot camarade
et certains noms de pays, de villages
et certains noms de femmes et d'amis
Ajoutons-y Mazé
Mazé est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitirne est trouée
Mais grâce à lui, nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant."
Un homme est mort c'est le nom d'un poème d'Eluard (ci-dessus), d'un film de Réné Vautier et d'une BD superbe de Kris et Davodeau. Ca se passe en avril 1950, René Vautier vient de finir Afrique 50, un film dénonçant les crimes coloniaux de l'Etat français. Il accoste dans le Finistère pour suivre les grèves des ouvriers de la reconstruction de Brest. Il doit y réaliser un film pour diffuser les revendications et la luttes. Le 17, une grande manifestation finit dans un bain de sang, Edouard Mazé y meurt, une balle en pleine tête. Vautier filme les grèves et part montrer de barricades en barricades, de villages en villages, un film dont la bande sonore est ce poème Un homme est mort.
Davodeau et Kris ont parfaitement illustrés l'ambiance de l'époque, le sentiment de fraternité qui animait cette grève. Davodeau, auteur de Rural ! ou Les Mauvaises gens, réussit là un tour de force. Restranscrir un épisode historique, cette "petite" histoire populaire, à travers un film qui lui-même a disparu. Heureusement cette BD existe et Vautier est encore vaillant. Bravo ! Voilà de la lecture utile en cette veille de 1er mai.
Un homme est mort, Kris et Davodeau, Futuropolis, 2006, 15 €